Les Êtres de demain est une série qui met en scène une galerie de personnages présentés dans un espace de fiction. Photographiés seuls ou à deux, ces jeunes adultes attendent, isolés dans leur environnement où tout ce qui se porte, se touche ou se mange a l’aspect lisse du plastique. Les attitudes renvoient aux postures classiques du portrait, assises, statiques, et à sa fonction première : une représentation sociale, adressée aussi bien aux contemporains qu’à la postérité.

Ni célébrités, ni mannequins, ces personnages posent, installés dans l’image. Leurs corps sont mis en scène dans un studio, soit le lieu dédié à la fabrication de l’image. Ici, pas de profondeur : l’effet spécial y est rudimentaire et le décor montré au-delà de ses capacités à faire illusion. Le sujet et le fond de l’image sont ramenés sur le même plan, leur conférant ainsi une importance équivalente. Le geste est postural ; les Êtres de demain sont en représentation. Affairés à des activités où l’absurde n’est jamais très loin, ils sont fixés dans un moment flottant : avant que le fromage ne fonde, avant qu’elle ne remonte sa bretelle, pendant que la brume humidifie son visage, après qu’il se soit endormi… Ce temps suspendu ouvre la possibilité à la fiction de prendre le relais, probablement plus apte à signifier quelque chose de nos existences.

Singuliers, ces êtres cernés de plastique se font les témoins de leur époque mouvementée. Rois tragi-comiques de leurs univers solitaires, leurs regards croisent parfois le nôtre, laissant entrevoir une inquiétude symptomatique de l’entre-temps dans lequel nous vivons aujourd’hui.